
Les séries de résultats de ces exercices sont construites pour l'activité et ne proviennent pas d'une étude réelle.
Du signal nerveux au raccourcissement du muscle
Un muscle strié squelettique est formé de fibres musculaires, de longues cellules à plusieurs noyaux. Chaque fibre contient des myofibrilles, constituées de sarcomères placés bout à bout. Le sarcomère est l’unité contractile : il renferme des filaments fins d’actine et des filaments épais de myosine.
Un potentiel d’action du motoneurone atteint la jonction neuromusculaire, où est libérée l’acétylcholine. Un potentiel d’action naît alors dans la fibre et déclenche la libération d’ions Ca2+ stockés dans le réticulum sarcoplasmique. Ces ions se fixent sur la troponine, ce qui dégage les sites de liaison de l’actine pour les têtes de myosine.
Le cycle des ponts d’union
- Une tête de myosine « armée » (ADP et phosphate inorganique Pi liés, après hydrolyse d’une molécule d’ATP) se fixe sur l’actine : c’est un pont d’union.
- Le Pi puis l’ADP sont libérés, la tête bascule : c’est le coup de force. Le filament d’actine glisse vers le centre du sarcomère.
- Une nouvelle molécule d’ATP se fixe sur la tête de myosine : elle se détache de l’actine.
- La myosine hydrolyse cet ATP en ADP et Pi : la tête est de nouveau armée.
Le cycle se répète tant que le Ca2+ et l’ATP sont disponibles. Les filaments ne raccourcissent pas : ils glissent les uns par rapport aux autres. Le sarcomère se raccourcit, la longueur des filaments restant constante. Quand le Ca2+ est repompé dans le réticulum sarcoplasmique (une pompe qui consomme aussi de l’ATP), le muscle se relâche.
L’ATP, énergie immédiatement utilisable
L’hydrolyse de l’ATP en ADP et Pi libère de l’énergie utilisable par la cellule. Dans le muscle, elle alimente la myosine, la pompe à Ca2+ et les pompes membranaires. Le stock d’ATP du muscle est très faible : il ne couvre que quelques secondes d’effort intense. Pourtant sa concentration varie peu, car l’ATP est régénéré en continu à partir d’ADP et de Pi.
Trois voies de régénération de l’ATP
- Créatine phosphate : créatine phosphate + ADP donne créatine + ATP. Voie très rapide, sans dioxygène, mais limitée par un stock réduit (quelques secondes d’effort maximal).
- Fermentation lactique : dans le cytoplasme, le glucose est dégradé en lactate sans dioxygène. Le rendement est faible (environ 2 ATP par glucose), le débit est élevé.
- Respiration cellulaire : après la glycolyse, l’oxydation se poursuit dans les mitochondries avec du dioxygène. Le rendement est élevé (environ 30 ATP par glucose), mais le débit de départ est plus faible et la mise en route plus lente. Cette voie peut utiliser aussi des lipides et soutient les efforts longs.
Les trois voies fonctionnent simultanément. Ce qui change, c’est la part de chacune, selon l’intensité et la durée de l’effort.
Exemple analysé : un sprint et un effort prolongé
Sur 100 m (environ 10 s), le besoin d’ATP par seconde est très élevé. La respiration ne peut pas fournir un tel débit dès le départ : la créatine phosphate et la fermentation lactique dominent. Lors d’un effort intense de plusieurs minutes, le besoin par seconde est plus modéré et la durée plus longue : la créatine phosphate est épuisée, et la respiration, au rendement élevé, devient la voie principale. La voie dominante dépend donc du débit d’ATP exigé et de la durée, non d’un « interrupteur » qui remplacerait une voie par une autre.
Un piège à éviter
On lit souvent que « le lactate est un déchet qui prouve un manque de dioxygène et provoque la fatigue ». C’est une simplification abusive. Du lactate est produit dès que le flux de la glycolyse est élevé, même quand la respiration fonctionne. Une association entre lactate et fatigue observée dans une expérience est une corrélation : elle ne prouve pas à elle seule une relation de cause à effet. Autre idée fausse : l’absence d’ATP ne produit pas un muscle relâché. Sans ATP, les têtes de myosine restent attachées à l’actine : c’est le principe de la rigidité cadavérique.
Cycle des ponts d'union actine-myosine
Faire défiler le schéma horizontalement si nécessaire.
Les séries de résultats de ces exercices sont construites pour l'activité et ne proviennent pas d'une étude réelle.
Situation-problème. Une sprinteuse court 100 m en 10 secondes. Une coureuse de demi-fond fournit, elle, un effort intense de 5 minutes. Dans les deux cas, les muscles des jambes se contractent grâce à l’ATP, mais la concentration musculaire en ATP reste presque inchangée. On cherche à comprendre comment l’ATP intervient dans la contraction et pourquoi la façon de le régénérer dépend de la durée et de l’intensité de l’effort. Trois documents rassemblent des mesures simplifiées. Toutes les données utiles sont fournies : vous devez les exploiter avec rigueur et préciser à chaque fois les limites de vos conclusions.
Document 1 : part des voies de régénération de l’ATP selon la durée d’un effort intense (Données pédagogiques simplifiées)
| Durée de l’effort | Créatine phosphate (%) | Fermentation lactique (%) | Respiration (%) |
|---|---|---|---|
| 10 s | 55 | 35 | 10 |
| 30 s | 25 | 50 | 25 |
| 60 s | 10 | 45 | 45 |
| 120 s | 5 | 30 | 65 |
| 300 s | 2 | 13 | 85 |
Chaque ligne représente la répartition de l’ATP régénéré pendant la durée indiquée, pour un effort maximal tenable sur cette durée.
Document 2 : expérience sur fibres musculaires perméabilisées (Données pédagogiques simplifiées)
Des fibres de muscle squelettique, dont la membrane a été rendue perméable, sont fixées entre deux pinces et plongées dans une solution dont on contrôle la composition. Après 10 s, on mesure le raccourcissement de la fibre (en % de sa longueur initiale) et sa raideur, c’est-à-dire la résistance à un étirement passif (unité arbitraire, 100 correspondant à la raideur maximale mesurée).
| Condition | Ca2+ | ATP | Autre | Raccourcissement (%) | Raideur (u.a.) |
|---|---|---|---|---|---|
| A | présent | présent | aucune | 18 | 40 |
| B | présent | absent | aucune | 0 | 100 |
| C | absent | présent | aucune | 0 | 10 |
| D | présent | présent | inhibiteur de l’activité ATPase de la myosine | 0 | 15 |
Document 3 : bilan d’un effort maximal de 10 s dans un muscle de cuisse (Données pédagogiques simplifiées)
Les valeurs sont en mmol par kg de muscle. On admet que la dégradation d’une molécule de créatine phosphate régénère 1 ATP, que la production d’une molécule de lactate s’accompagne de la régénération de 1 ATP, et que 1 mmol de dioxygène consommé permet à la respiration de régénérer 5 mmol d’ATP. Le dioxygène consommé pendant les 10 s est de 0,4 mmol par kg.
| Grandeur | t = 0 s | t = 10 s |
|---|---|---|
| ATP | 5,0 | 4,6 |
| Créatine phosphate | 20,0 | 9,0 |
| Lactate | 1,0 | 8,0 |
Exercice 1 : rôles du calcium et de l’ATP dans la contraction
- Comparez les conditions A et C et déduisez le rôle des ions Ca2+.
- Comparez les conditions A et B. Quel rôle de l’ATP la valeur de raideur de B met-elle en évidence ? Justifiez à l’aide du cycle des ponts d’union.
- Que montre la condition D à propos de l’utilisation de l’ATP par la myosine ?
- Utilisez le résultat de B pour expliquer la rigidité cadavérique, puis donnez une limite de ce modèle expérimental.
Exercice 2 : bilan d’ATP d’un sprint
- À partir du Document 3, calculez la quantité de créatine phosphate consommée, de lactate produit et la variation de la quantité d’ATP pendant les 10 s.
- Calculez la quantité d’ATP régénérée par chaque voie, puis la quantité totale d’ATP consommée par le muscle. Donnez le débit moyen de consommation en mmol par kg et par seconde.
- Calculez la part de chaque voie dans la régénération et comparez-la à la ligne « 10 s » du Document 1. Calculez aussi le débit de chaque voie.
- Sachant que le stock initial d’ATP est de 5,0 mmol par kg, calculez la durée pendant laquelle il suffirait au débit moyen trouvé. Que concluez-vous ?
Exercice 3 : confronter les documents pour argumenter
- Décrivez l’évolution de la part de chaque voie de 10 s à 300 s (Document 1) et nommez la voie dominante aux deux extrémités.
- On suppose qu’un muscle doit régénérer 90 mmol d’ATP. Calculez la quantité de glucose nécessaire par fermentation lactique (2 ATP par glucose) puis par respiration (30 ATP par glucose). Calculez le rapport entre les deux.
- En confrontant les Documents 1 et 3 et le résultat de la question 2, expliquez pourquoi la créatine phosphate domine à 10 s alors que son stock est faible, et pourquoi la respiration domine à 300 s.
- Un élève affirme : « À 300 s, il reste 13 % de fermentation lactique, donc le muscle manque de dioxygène et le lactate cause la fatigue. » Discutez cette affirmation et précisez les limites des données.
Correction complète
Exercice 1 : correction
- En A (Ca2+ présent), la fibre se raccourcit de 18 % et sa raideur est de 40. En C (Ca2+ absent, ATP présent), il n’y a aucun raccourcissement et la raideur est faible (10) : la fibre est relâchée. Le Ca2+ est donc nécessaire au déclenchement de la contraction. Il dégage les sites de liaison de l’actine et permet la formation des ponts d’union. L’ATP seul ne suffit pas.
- En B, sans ATP, il n’y a aucun raccourcissement mais la raideur est maximale (100). Les têtes de myosine se sont attachées à l’actine, mais sans nouvelle molécule d’ATP elles ne peuvent pas se détacher ni se réarmer : le cycle est bloqué. L’ATP est donc nécessaire au détachement de la myosine et au réarmement de la tête, et pas seulement à un hypothétique « mouvement ». Sans lui, la fibre est rigide.
- En D, l’ATP est présent mais son hydrolyse par la myosine est inhibée : pas de raccourcissement et raideur faible. Les têtes ne sont pas armées, donc ne se fixent pas efficacement et ne produisent pas de coup de force. La présence d’ATP ne suffit pas : il faut que la myosine l’hydrolyse pour que le cycle fonctionne.
- Après la mort, la production d’ATP cesse. Comme en B, les ponts restent attachés, ce qui rend le muscle rigide. Limite : une fibre perméabilisée placée dans une solution contrôlée n’est pas un muscle entier dans un organisme (pas de commande nerveuse, pas de circulation), et la durée de 10 s ne dit rien sur d’autres durées.
Critères de réussite : comparaisons par paires avec valeurs citées, distinction claire entre détachement, armement et fixation, et une limite précise.
Exercice 2 : correction
- Créatine phosphate consommée : 20,0 − 9,0 = 11,0 mmol/kg. Lactate produit : 8,0 − 1,0 = 7,0 mmol/kg. Variation d’ATP : 4,6 − 5,0 = −0,4 mmol/kg.
- ATP régénéré par la créatine phosphate : 11,0 mmol/kg. Par la fermentation lactique : 7,0 mmol/kg (1 ATP par lactate). Par la respiration : 0,4 × 5 = 2,0 mmol/kg. Total régénéré : 11,0 + 7,0 + 2,0 = 20,0 mmol/kg. L’ATP consommé est égal à l’ATP régénéré plus la baisse du stock : 20,0 + 0,4 = 20,4 mmol/kg en 10 s, soit 2,04 mmol/kg/s.
- Parts : 11,0/20,0 = 55 %, 7,0/20,0 = 35 %, 2,0/20,0 = 10 %. Ces valeurs coïncident avec la ligne « 10 s » du Document 1. Débits : 1,1 mmol/kg/s pour la créatine phosphate, 0,7 pour la fermentation et 0,2 pour la respiration.
- Durée : 5,0 / 2,04 ≈ 2,5 s. Le stock d’ATP seul serait épuisé en environ 2,5 s. Pourtant il ne baisse que de 0,4 mmol/kg, soit 8 % (0,4/5,0). L’ATP est donc régénéré presque aussi vite qu’il est consommé : sa concentration reste quasi constante grâce aux voies de régénération.
Critères de réussite : unités présentes, différence faite entre ATP consommé et ATP du stock, cohérence entre les deux documents vérifiée.
Exercice 3 : correction
- La créatine phosphate passe de 55 % à 2 %, la fermentation lactique augmente jusqu’à 50 % à 30 s puis diminue jusqu’à 13 %, la respiration passe de 10 % à 85 %. La voie dominante est la créatine phosphate à 10 s et la respiration à 300 s.
- Fermentation : 90/2 = 45 mmol de glucose. Respiration : 90/30 = 3 mmol de glucose. Rapport : 45/3 = 15. La fermentation utilise 15 fois plus de glucose pour la même quantité d’ATP : elle ne peut pas être la voie unique d’un effort long.
- À 10 s, le besoin est de 2,04 mmol/kg/s. La créatine phosphate fournit 1,1 mmol/kg/s et la respiration seulement 0,2 : la première a un débit environ 5,5 fois supérieur, ce qui compense son stock limité. Au rythme de 1,1 mmol/kg/s, les 9,0 mmol restantes durent environ 8 s : la part de cette voie s’effondre ensuite. À 300 s, le besoin par seconde est plus faible et la durée plus longue : le rendement élevé de la respiration et l’économie de glucose la rendent dominante.
- L’affirmation est abusive. Une part de 13 % de fermentation coexiste avec 85 % de respiration, donc avec du dioxygène utilisé : le lactate n’est pas la preuve d’un manque de dioxygène. Les documents ne mesurent ni la fatigue ni un effet du lactate : au mieux il y a corrélation, pas causalité démontrée. Les données sont simplifiées, moyennes, et ne valent pas pour tout individu ni toute situation (entraînement, type de fibres). Elles ne permettent aucune recommandation personnelle.
Critères de réussite : calculs justes avec unités, utilisation conjointe de débit, durée et rendement, distinction nette entre corrélation et causalité, et mention des limites des données.

